Le stage en psychiatrie

bipolaireLe relationnel, c’est plutôt ma tasse thé. Donc le stage en psychiatrie j’étais assez pressée de le réaliser, c’est pourquoi quand j’ai estimé que j’avais eu assez de bases pour en profiter un maximum, j’ai  demandé à y aller. Ce fut mon premier stage de 2e année. J’avais demandé les admissions crises, parce que j’avais envie de rencontrer toutes les pathologies, ce qui n’est pas le cas dans les services spécialisés. Bon j’étais enthousiaste à l’idée d’aller en psy mais en même temps, ça me faisait assez peur. Surtout les admissions crises! Et je ne connaissais  les pathologies psychiatriques qu’en théorie, à l’exception du trouble bipolaire dont une amie est sévèrement atteinte, et qui m’avait d’ailleurs pas mal traumatisée. En effet, à l’époque où sa maladie c’est déclarée, nous étions colocataires. En phase maniaque, c’était particulièrement insupportable de vivre avec elle. Pour finir, elle a dû être hospitalisée plusieurs mois et ne pouvait plus rester en colocation… J’en ai gardé un souvenir assez douloureux. Surtout parce que c’est un sentiment étrange que de ne plus reconnaître la personne que l’on connait…

Quand je suis arrivée aux admissions, j’étais très mal à l’aise. Je ne savais pas où me mettre, je ne savais pas quoi faire, je ne comprenais rien à l’organisation, j’avais peur qu’un patient vienne me parler parce que je ne savais pas du tout comment je devais me comporter. J’avais l’impression d’être revenue complètement en arrière et de vivre mon premier stage de tous les temps xD Mais rapidement, je me suis mise un coup de pied aux fesses. Je me suis dis que je en pouvais pas me terrer éternellement dans le bureau de soin, et qu’il fallait que j’aille au devant de mes peurs. Je suis sortie du bureau de soin, et je suis allée à la rencontre des patients. Et certes, ils n’étaient pas forcément toujours adaptés, cependant, c’était facile d’entrer en relation avec eux. C’est en allant comme ça m’assoir à côté d’eux, échanger un bout, que j’ai appris à les connaître, à faire des liens avec la théorie que je connaissais, pour finalement ne plus avoir peur du tout et même au contraire, apprécier énormément échanger avec eux.

Pendant ce temps j’ai aussi bien sûr participé aux entretiens et aux colloques, j’ai pu observer comment les professionnels se comportaient, identifier des techniques de communication ou des approches que je connaissais et en découvrir d’autres. La psychiatrie c’est très ludique, on utilise beaucoup d’outils pour travailler avec les patients, les aider à vivre avec la maladie, à trouver de solutions à leurs problématiques… on utilise la parole au travers d’entretiens indivduels ou de groupes, mais qui ne sont pas une simple discussion.  Un entretien à un but, une finalité. Et selon sa finalité, selon la pathologie et la personalité du patient, mais aussi sa personalité en tant que soignant, on peut piocher parmis tout un tas de techniques, d’outils, et d’approches.  Les patients peuvent aussi participer à la musicothépie, l’arthérapie, le sport. Il y’a plein de choses à faire, et plein de façon de les faire. Il faut continuellement observer et s’adapter. Il faut aussi beaucoup de patience, car en psychiatrie, les victoires sont petites, et rien n’est jamais acquis définitivement. Le grand plaisir des admisions crise c’est que là on peut voir assez rapidement une évolution de la clinique du patient, mais ensuite, le travail qui reste à faire est très très long, semé de rechutes, d’embûches…

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Blog: Yaduboulot

 

Aux admissions, les hospitalisations sont en général courtes (de quelques jours à quelques semaines) , ce n’est donc pas le lieu de mise en place d’interventions de fond. La mission principale de ce service est d’aider les personnes à sortir de leur état de crise, à retrouver une certaine stabilité psychique (relative) qui leur permette soit de continuer les soins dans un autre service de l’hôpital spécialisé, soit à domicile avec un suivit externe.  Le rôle infirmier central est donc celui d’évaluation : évaluation de l’état de la personne à l’arrivée, des risques (et donc des surveillances qui en découlent), et évaluation continue pour évaluer l’effet des traitements et autres interventions et pour préparer la suite des soins. Cela n’empêche pas de commencer ou de poursuivre un travail avec les patients autour des notions d’acceptation de la maladie et d’adhésion au traitement (sujets très difficiles en psychiatrie et mission centrale des professionnels) et d’aborder la question des consommations, ne serait-ce que pour « poser une graine » qui incitera le patient, peut-être, à réfléchir.

J’ai adoré ce service, car le rythme était plutôt soutenu, il y avait comme partout une forme de routine mais on ne savait pas à l’avance ce qui allait se passer, quelles admissions on allait avoir, et c’est assez stimulant. En plus, il y avait une très grande liberté, du fait que c’était un service d’admission, il n’y avait pas des groupes et autres activités de planifiées en avance. C’est nous infirmiers, qui proposions à chaque patient des interventions adaptées au moment où elles nous semblaient pertinentes. En tant qu’étudiante, j’ai adoré cette liberté qui m’a permis d’apprendre énormément.  L’équipe m’a laissé me débrouiller mais était toujours disponible si besoin. Le contact avec les patients fut extraordinaire de richesse et d’émotion.  C’était le meilleur stage de tous les temps pour moi, un stage qui m’a complètement convertie à la psychiatrie! Pour la première fois je me suis vraiment sentie comme un poisson dans l’eau durant ce stage. J’étais heureuse d’y aller chaque jour, et pour une fois, me lever le matin n’était pas autant une torture que ça l’est habituellement 😀

Il y aurait plein d’anectotes à raconter sur ce stage (pas que des belles choses d’ailleurs) c’est tellement dommage que je n’ai pas écrit à l’époque. Mais je vais tâcher de vous en raconter quelques unes quand même! Car malgré le beau tableau que je dépeins ici, il y a aussi eu de la violence, des patients dont j’ai eu peur, et des situations où j’ai été fachée et déçue. J’aimerai vous parler de certaines de ces situations, et de certains patients dont je me suis occupée. Dans de prochains billets! 😉

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7 commentaires

  1. Super ton article ! Un stage dans un service de crise c’est top, mais par chez moi les places sont chères … j’y arriverais peut-être en 3ème année 😉 et tout cas la description que tu exposes est alléchante. On perçoit bien le rôle infirmier psy ! bien loin des clichés…

    • ah mais je croyais que tu alalis dans un service de crise aussi (« service d’entrée »), c’est pas la même chose?

      Contente en tout cas que ce billet t’ait plu 🙂 C’est clair que mon expérience de la psy n’a rien à voir avec les clichés! Mais je sais aussi que beaucoup de gens s’ennuient en psy parce qu’ils n’y perçoivent pas tout ce que nous on peut y voir… il faut quand même avoir une certaine vision des soins pour s’y plaire je pense!

      • Par chez moi, il existe des services d’urgence psychiatrique (accueil, et orientation, premier traitement de la crise aigue) et il y a les services d’entrée qui prennent le relais pour une hospitalisation (qq jours voire semaine). Je me suis emmêlé les pinceaux lol ! Du coup, je vais faire le même type de stage que toi ;-). Il y a aussi des services de suite, des services pour malades agités … et j’en passe ! Et je suis d’accord avec toi, beaucoup s’ennuient en psy, je comprends pas pourquoi.. !

      • Pareil ici! J’ai pu aller voir aussi comment ça se passait du côté des urgenecs psy mais là pour le coup le rythme est très très variable. Mais c’est assez génial aussi! Mais je préfère quand même un contact un peu plus prolongé avec le patient je crois.

  2. Pour la première fois je pars en stage en psy dans quelques semaines et franchement j’ai pas mal d’a priori.

    Mais je suis de nature optimiste et j’ai envie de bien faire malgré tout, du coup ton article me fait entrevoir une facette potentiellement agréable de cette facette du métier.
    Disons que grâce à toi je n’irais pas à reculons :p

    • C’est peut être un peu plus difficile au début (car c’est assez différent de ce dont on a l’habitude) mais je trouve que ça vaut la peine de s’investir dans ce stage car en psy on peut apprendre énormément de choses d’un point de vue relationnel qui sont transposables et utiles partout ailleurs, dans la mesure où on travaille avec l’humain. Et c’est assez triste de voir comme les personens atteintes de troubles psy, qu’on rencontre partout ailleurs dans les services, sont souvent mal comprises par les équipes (avec des conséquenecs sur la prise en soin regrettables).

      J’espère que tu vas avoir un bon stage avec une équipe aidante et que tu retireras plein de bonnes choses de ce stage! Tu viendras nous dire hein? 😉

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