La cruchifixion

La cruchifixion, ça doit être la chose au monde que je sais le mieux faire.

Mais alors non, je ne me recouvre pas de cruches, désolé.

Cruchibis13

On en trouve de ces choses en recherchant des images sur internet c’est assez comique parfois.

Non moi, c’est plus subtil que ça, moi je me transforme carrément en cruche voyez vous.

Si vous avez lu mon article précédent, vous voyez sans doute où je veux en venir. J’avais déjà ressenti ça lors de mon précédent stage, je m’étais d’abord offusquée de bêtise de ma PF, son incapacité à voir plus loin que le bout de son nez, son manque de professionnalisme, puis je m’étais offusquée de moi même, de comment je pouvais donner une image aussi fausse de moi. Puis la même chose se produit aujourd’hui. On me dit que je dois être « moi même ». Mais en fait y’a rien de plus dur que ça.

Je réfléchissais et je repensais à mon passé scolaire. J’ai toujours été très à l’aise à l’écrit. Mais à l’oral, j’ai toujours été une cruche. L’oral, ça a toujours été une source incommensurable de stress, je savais qu’il fallait mettre un gilet noir ces jours là parce que j’aurai des auréoles jusqu’aux cuisses, c’est dire. Mais avec le temps, j’ai appris à gérer ça et je peux tut à fait faire de très bonnes présentations sans que personne ne s’aperçoive que je suis stressée. Et globalement aujourd’hui, je ne suis plus aussi stressée par un oral que par le passé, heureusement! Mais ça, c’est quand je suis préparée.

Quand je ne suis pas préparée, que je ne sais pas quelles questions on va me poser, que je vais devoir improviser là sur le tas, alors là… Alors là je me cruchifie totalement. Je bafouille, cafouille, m’exprime mal, essaie de rattraper le coup en m’enfonce encore plus, je passe franchement pour une idiote.

Quand je pense à comment j’ai répondu aux questions de ma PF, sur mes motivations, comment je suis arrivée là, ce que c’est pour moi être infirmière, quand je pense à ma gaucherie, quand je pense à comment je m’enfonce et m’auto-dévalue toute seule, quand je pense à comment je lui donne le bâton pour me battre, je me dis que finalement faut vraiment pas que je m’étonne de ce qu’elle m’a dit, de la façon dont elle m’a perçue. Je le savais déjà hier quand j’écrivais l’article mais aujourd’hui c’est vraiment une évidence: je dois arrêter de me cruchifier.

Oui mais comment? Je réagis comme ça parce que je suis stressée. Il suffit qu’un pote me dise « allez, on va faire un test » pour que je me liquéfie et refuse de participer au « jeu ». J’ai peur d’être jugée, j’ai peur d’être rejetée. J’ai peur d’être évaluée, observée, analysée. Quand je peux m’y préparer je m’en sors, et au bout de quelques réussites je n’ai presque plus peur. A l’université à force de passer des examens, de faire des dissertations et des présentations orales, j’ai fini par ne même plus stresser avant un examen tellement c’était devenu une routine. Et puis j’arrive dans les soins infirmiers et là c’est tout autre chose, je redeviens la jeune fille angoissée face à sa feuille blanche lors du baccalauréat, je redeviens cette andouille qui réussit à avoir 3/20 à l’oral d’anglais et 9/20 à celui de français quand c’était là, avec la philosophie, les disciplines où j’étais même la meilleure de la classe!

Alors bon, si le principe est le même, si je suis bien face au même problème, il devrait se résoudre avec le temps. La différence c’est que s’humilier lors d’un oral de français quand on à 18 ans, c’est autre chose que de s’humilier au quotidien pendant un stage quand on en à 28. La différence c’est qu’un oral ça dure une heure, là c’est des journées entières, plusieurs fois par semaine. Et maintenant qu’elle m’a dit ces choses, maintenant que j’ai été rangée dans la case « andouille, ne sais même pas ce qu’elle fait là, n’a rien compris au métier d’infirmière et en plus a des problèmes psychologiques = objectif => l’évacuer » , je suis encore plus stressée et je sens que au delà d’une cruche je vais carrément devenir une bassine. J’ai ce pouvoir extraordinaire…

Mais bon sang! Je SAIS pourquoi je suis là, ce que c’est qu’être infirmière, je SAIS que je peux le devenir et que je le veux, je sais que j’ai des qualités pour y arriver et un bagage avec tout plein de savoirs transférables aux soins infirmiers alors POURQUOI je n’arrive pas à le montrer, pourquoi? Pourquoi je me laisse paralyser par la peur? Et pourquoi à chaque fois- alors que je donne d’emblée les clefs au PF et lui explique que j’ai cette difficulté (mais certainement vraiment mal comme ça a été le cas en début de stage- souvenez vous j’ai même pleuré comme une andouille! => hence la classification dans la case « étudiante avec un trouble psy »…) et ce afin qu’il sache et puisse me mettre en confiance et m’aider à progresser (pour moi c’est supposé faire ça un PF), pourquoi ils n’en tiennent pas compte et à l’inverse utilisent ça contre moi?

Et surtout comment faire maintenant pour montrer à ma PF qu’elle m’a jugée un peu trop vite et inverser la vapeur? Comment ne plus me cruchifier alors même que j’ai encore moins confiance en moi maintenant? Comment ne pas dégringoler?

Je me sens si triste. J’ai tellement envie de réussir, de faire ce métier. Mais j’ai peur de ne pas y arriver 😦

Je commence à envisager des voies de sortie, au cas où. Mais aide soignante non diplômée, pour m’épuiser à la tâche contre 4 sous, sans possibilité d’évolution autre que… infirmière, ça ne m’enchante pas forcément, même si j’aime le métier. Je commence à me dire que j’aurai dû regarder du côté des éducateurs spécialisés, ça aurait peut être été mieux pour moi. Mais de toute façon, c’est comme ça. C’est là où j’en suis aujourd’hui et si je ne deviens pas infirmière, je ne recommencerai pas autre chose. Et j’ai pas envie d’avoir fait toutes ces études, toutes ces choses dans ma vie, pour ne rien « devenir ». C’est vraiment triste.

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6 commentaires

  1. 😦 Tomberais-tu donc systématiquement sur les mauvais? C’est pas juste… Soit, l’univers ne connaît pas cette notion, elle est humaine, mais quand même.

    … As-tu lors des premiers échanges fait part de cette difficulté toute particulière?

    Parce que « je vais m’y faire » tout comme « je vais m’intégrer » ou « je vais changer » ça n’arrive jamais sans efforts et difficultés. Mon avis serait que ce que ressent ta PF c’est un blocage interne que tu te crées et qu’elle souhaite que tu trouves des solutions d’adaptation meilleure qu’attendre mais qu’elle l’a formulé comme un « TU DOIS CHANGER ».

    Demander à changer de PF? Être honnête et directe (mais attentive à rester non-défensive/agressive avec un sujet difficile) en plaçant des objectifs bien sur cet aspect? Mettre tout ça par écrit? Regarder avec les enseignants qui sont censés aider si souci pdt le stage genre Mme-gentille-cheveux-roux qui m’a écouté moi le petit timide qui s’oriente dans une profession diamétralement opposée aux prédictions de tous?

    • Merci Timide avec un Avis Dont On sait Qui Sait Rien qu’à Te Lire 😉

      Je ne pense pas forcément tomber sur les « mauvais » PF, même si clairement on peut dire que leurs réactions ne sont pas toujours très professionnelles… Mais je pense comme je le disais dans cet article que j’ai largement ma part dans l’histoire. Alors certes, le PF devrait être là pour m’aider à progresser et pas pour me sentencer, mais je ne leur donne vraiment pas la meilleure image de moi…

      Lors des premiers échanges j’ai en effet tenté de faire part de cette difficulté que j’ai… mais mal. Avec l’émotion, le stress, les larmes, le bafouillage, les mots mal choisis, dire que ma PF précédente m’avait dit que je n’étais pas faite pour les soins infirmiers… euh, je me suis déjà enfoncée dès le départ je crois 😦 Du coup tu imagines le stress que j’ai à l’idée de tenter de rattraper les choses demain en lui parlant… et si je re-pleure, et si je re-bafouille, et si je m’exprime mal?? Je vais m’enfoncer encore plus… Mais j’ai pas le choix, si je ne le fais pas, je vais être encore plus tendue et ça va être pire… j’en ai pas dormi de la nuit…

      Du coup je suis d’emblée crevée, lundi, et déjà crevée. Pas le top.

      Je vais essayer de lui exprimer les choses, j’espère pas trop n’importe comment, et lui glisser un truc comme si elle ne le sent pas avec moi peut être voir pour avoir un autre référent … selon les réactions qu’elle aura eu à mes propos… chais pas…

      Je vous tiendrai au courant, elle est là demain matin, mais je ne sais pas si on aura un moment approprié pour parler.

      Merci du message 🙂

  2. Bonjour,
    Juste envie de t’encourager, parce que tu le vaux bien. Si ça t’intéresse, je te conseillerais volontiers le livre « Fais-toi confiance » d’Isabelle Filliozat.
    Et tous mes voeux de réussite, car si tu le sens, c’est que c’est vraiment la voie qui te convient.

    • Merci, des encouragements j’en ai bien besoin, j’avoue… Je regarderai ce livre, on ne sait jamais… si je trouve un moment pour autre chose que du travail 😛 Merci encore!

  3. Miette, quand tu as fait le choix de devenr infirmière, c’est pas avec une option educ spé ou caissière de supermarché, ou même aide-soignante. Si tu le penses sincéremment, peut être que les PF le ressentent et pensent alors (à tor ou à raison) que tu n’es pas dans la bonne voie.
    Pour moi, infirmière puéricultrice, je n’aurai pas pu être éducatrice ou aide-soignante. Ces métiers là ne doivent pas être des voies « par défaut ».

    • Non, c’est clair que quand j’ai choisi cette voie c’était pour arriver au bout et devenir infirmière, il n’était pas question d’échouer ou d’abandonner^^ Et d’ailleurs comme je l’ai dit: si j’échoue ou abandonne, ça sera fini pour moi, je n’entreprendrai pas autre chose. Donc l’abandon je n’y pense même pas, mais l’échec, c’est quand même une possibilité (au bout de seulement deux échecs – en stage ou en examen, tu es définitivement banni de la formation…) et c’est aussi ce qui fait que je me mets une telle pression, et au delà d’une certaine dose, la pression ne me réussit pas^^

      Mais si un jour je deviens aide soignante non diplômée ça sera parce que l’école ou les stages m’auront fermé les portes! Mais aide soignante c’est aussi un métier qui me plait. Mais c’est celui d’infirmière qui me correspond le mieux. Par contre je me suis demandée si educ spé n’aurait pas mieux collé avec mon profil que infirmière. C’est vrai que je me pose la question, surtout au niveau des études en fait, mais après quand je pense à toutes les possibilités qu’offrent le métier d’infirmière, je me dis que non.

      Tout ce que j’espère, c’est réussir mes études! 🙂

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