Petites humiliations du quotidien (1)

Dans le monde sans pitié de la santé, aujourd’hui et les quelques jours qui ont précédé:

Je reçois un appel du labo. Je prends note des valeurs sanguines que l’on me transmet. Je cherche la personne qui s’occupe de ce patient pour lui transmettre. Je ne la trouve pas. Je l’affiche donc sur le tableau comme on m’a toujours dit de le faire. Dès que je vois l’infirmière en question, je vais vers elle et voici ce qui se passe:

– « Dis C. tu as vu les valeurs de Mr Machin sur le tableau?

– Quoi? Non. (et va les chercher) »

Quelques secondes plus tard:

– « Dis toi, va falloir que tu commences à capter que les résultats tu dois les donner tout de suite! T’as pas capté que c’était pas bon et résultat moi j’ai commandé la chimio pour rien!  »

Et là, je meurs juste d’envie de lui répondre: « Dis toi. T’es infirmière depuis 20 ans dans ce service et tu commandes une chimio sans attendre le feux vert. C’est pas plutôt de TA faute si 2000 balles de chimio sont foutus en l’air? Ptain… »

A la place de ça j’ai évidemment encaissé, légèrement abattue sous le coup de l’injustice et choquée par le peu de respect qu’elle me témoigne. Depuis le début d’ailleurs. Et pas qu’à moi d’ailleurs, aussi. Je fus de nouveau choquée quand elle cria presque sur sa collègue, celle qui m’avait appris les prises de sang, celle qui comprend ce que je vis et la bêtise de ce refus de m’apprendre des choses parce que « ce n’est pas de mon niveau » ou « ce n’est pas ce qui est attendu de moi ». Pour C. je crois bien que je ne vaut même pas mieux qu’une merde.

 

Et puis maintenant, à cause de toutes ces histoires, tout ces désaccords entre les une et les autres vis à vis de moi, je me retrouve au milieu comme prise au piège, ne sachant plus où me mettre, lorsque je me retrouve à faire une prise de sang en capillaire il y a comme un malaise. « Avant d’envoyer tu me montres le tube! » Bim. Vexation. Jusqu’à maintenant je n’avais pas besoin de le faire. Je sais que je dois remplir le tube jusqu’à la première ligne et le retourner une fois ou deux, je sais que je ne dois pas trop trainer car sinon le sang risque de coaguler…  jusqu’à ce qu’un jour, je coche « hémogramme 1 » au lieu de « hémogramme 2 » et qu’on me le reproche avec cet air de dire « tu vois, et voyez tous, Miette n’a pas vu ça à l’école, c’est pas de son niveau, et elle n’est pas là pour ça, et vous voyez que j’ai raison, elle a fait une erreur ». Et depuis ben, on me surveille de près. Attention, je veux bien qu’on vérifie ce que j’ai fait, c’est normal, moi même, je le demande. Mais c’est la façon de faire. C’est jusqu’où elles poussent le vice. Pis de toute façon je ne fais plus grand chose.

Le pire, c’est que je suis à peu près sûre que ce n’est pas moi qui ai coché la feuille, mais ma PF, qui m’avait proposé de faire le soin. J’en viens à me demander s’il elle ne l’avait pas fait exprès. Oui, elles peuvent être mauvaises à ce point là. Je ne leur ai rien fait, depuis le début je suis remplie de bonne volonté et de motivation, je m’évertue à faire de mon mieux et à prendre en compte ce que l’on me dit, et pourtant je peux sentir dans les yeux de certaines, dans leur ton, dans leur façon d’être envers moi, qu’elles ne peuvent pas me piffrer. Quoi que je dise, quoi que je fasse. Tout ça à cause d’un jour où j’ai appris à faire une prise de sang en veineux. Bon d’accord, j’ai au moins fait l’erreur de ne pas vérifier ce qu’elle avait  coché sur la feuille. Mais enfin… quand même.

Vous voulez que je vous raconte une autre petite vexation? Le jour où, comme à l’ordinaire, je purge les tubulures préparées en avance pour les traitements du lendemain, avec une infirmière , S., d’un autre site, très sympathique d’ailleurs. Je lui demande de vérifier derrière moi parce qu’un jour j’ai mis une poche de NaCl au lieu d’une poche de G5. Elle vérifie et tout est ok. Le lendemain, v’la ti pas que toutes les infirmières s’insurgent: « mais c’est n’importe quoi les tubulures ce matin! C’est mal purgé, c’est tout mélangé! » et moi de m’étonner « mais c’est bizarre, parce que c’est S et moi qui avons fait hier soir …. » pas le temps de finir ma phrase que ma PF s’énerve « mais Miette, franchement, reconnais tes erreurs c’est tout! » Euh…. j’ai pas fait d’erreur, c’est tout. Je reconnais mes erreurs quand j’en fait et elles me perturbent pour le reste de la journée parce que je n’aime pas me tromper et je fais TRES attention à ne pas me tromper, et là en l’occurence, j’ai fait très attention et j’ai fait contrôler mon travail. Or, S ne connaissant pas les habitudes du service à dû accrocher les poches un peu au hasard. Y’a pas de quoi fouetter un chat et y’a aussi des limites à la soumission hein. J’vais pas toujours assumer les erreurs des autres. C’est trop facile. « Y’a un problème? C’est de la faute à la stagiaire. » Zut quoi.

Enfin voilà. Ca sera tout pour aujourd’hui… 😦 Autant vous dire que j’ai de plus en plus le moral dans les chaussettes et que l’idée de retourner sur ce stage demain alors que ma PF sera là me fiche le mal de ventre.

 

 

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15 commentaires

    • Mais mais… d’abord merci! Ca me fait plaisir que mon blog soit apprécié! Surtout en ce moment où j’en ai gros sur la patate, nespâ 😉 Je veux bien créer un compte tweeter mais comment je vous retrouve après? Hein? C’est quoi le nom de vot’ compte?

  1. tu as toute ma compassion, je sais ce que tu vis (j’ai une soeur qui est passé par là), crois moi malheureusement c’est assez répandue ce type de maltraitance dans le milieu, mais courage, je pense que tu as tout à gagner à être patiente et prendre sur toi jusqu’à valider ton stage.
    Sinon twitter c’est pas mal pour se soutenir virtuellement 😉

    • je viens de lire le conseil d’Heidi et je suis partagée: si tu as de bons contacts et une relation de confiance avec ta referente c’est une très bonne idée mais par retour d’experience je sais que parfois cela peut empirer les choses

    • Merci pour la compassion, j’en ai teeeeeellement besoin, alors qu’autour de moi la moitié de l’équipe au moins ne se rend absolument pas compte de ce que je vis, et c’est assez dur à vivre déjà en soi mais quand en plus on se sent (et est) incompris.. walà.

      Après, non pas que le fait de prendre contact avec la responsable de stages ait aggravé la situation, mais en tout cas, ça ne l’a pas améliorée… en gros, elle a donné raison à la PF, et à moi de me débrouiller!

      POur twitter je vais créer un compte à rattacher au blog, c’pas une mauvaise idée du tout, en fait. ^^

  2. venez nous rejoindre sur twitter, plus d’intéractivité, partage d’expériences, petite communauté dynamique, faite découvrir votre blog par ce biais, il mérite d’être connu.

  3. Ouh la la, ma Miette 😦
    envie de te dire que tu n’es pas toute seule, que ce stage est merdique, que tu es mal encadrée…
    Un conseil: téléphone à l’école et parle-s-en à ta référente de stage.
    Tu ne peux pas rester ainsi!
    Et j’ai parlé de toi à des amis de Twitter, qui ont déjà dû te laisser un petit mot…
    Viens sur Twitter, même peu régulièrement, et tu verras, il y a un soutien formidable ❤
    Bisous et toute mon affection

    • Ouai, t’as vu, hein…

      le PIRE, c’est que j’ai contacté la responsable de l’école pour les stages, j’ai eu une longue discussion au téléphone avec elle ce soir et malheureusement, elle ne fera pas évoluer les choses en ma faveur puisqu’elle donne raison à ma PF quant au fait que je ne peux pas faire des choses que je n’ai pas vu à l’école. Quand je serai en bachelor, ça sera différent, mais pour ce stage, c’est comme ça. Libre à elle ensuite de prendre la responsabilité ou pas d’aller plus loin avec moi ou pas. Et de toute évidence ça sera pas. Et je comprends les raisons, c’est pas le problème, le problème c’est que dans ce cas là, POURQUOI placer des étudiants dans un tel service, POURQUOI bigre nous mettre dans cette situation assez décourageante- pour un premier stage en plus!

      Donc je dois me faire une raison. Je vais essayer de lire plus lentement les livres et documents qu’on a dans le service, histoire d’avoir assez d’occupation pour tenir jusqu’à la fin… pouah. Quelle connerie quand même. Moi qui était SI contente d’aller en onco, j’aurai finalement eu plus de chance si j’avais été en home. Quelle pouasse.

      Ah et puis, un grand merci à toi qui a aidé à faire connaître ce petit blog qui peine à se faire sa petite place dans la blogosphère… c’est gentil 🙂 Maintenant du coup je dois créer un compte twitter… ma seule question c’est cous quel petit nom je vous retrouve toi et tes coupines? 😛

      Merci encore pour ton soutien ❤

  4. Je rejoins Heidi dans son analyse: ce stage n’est pas formateur et ton école doit en être informé rapidement.

    Tiens bon, sers les dents, ce stage prendra fin un jour ou l’autre et je ne crois pas qu’une fois diplômée tu iras bosser dans. Ce service.

    Et viens tweeter ta rage ou tes coups de blues, ça fait du bien parfois 🙂

    • Hé oui, ce n’est pas un stage formateur, puisque je ne peux rien faire. Ah si, de la communication. Pendant 8 semaines. Détachée de tout soin qui est quand même la base de la relation soignant-soigné. Je ne risque pas de retirer grand chose de plus de ce stage, sinon que y’a rien de plus dur que la relation stagiaire-équipe infirmière, que parfois on tombe sur des infirmières pas sympas, sur des stages pourritos bourritos, et qu’il faut un sacré cran pour réussir à supporter tout ça tout en gardant la même passion pour le métier. Dur dur. J’aurai juste préféré apprendre ça à un autre stage que le tout premier. M’enfin…

      Voui, je vais créer un compte twitter^^ Et merci pour vos messages!!

  5. Bonjour Miette, je découvre votre billet sur l’invite d’Heidi sur twitter. Situation sordide dans laquelle il faut garder la tête froide !

    Je trouve que le conseil d’Heidi est judicieux.

    Ce ne doit pas être plus agréable à vivre pour les malades, non ?

    Cordialement

    • Hello, merci à toi aussi pour ton message! 🙂

      Oui c’est une situation très pénible pour moi, qui ai de plus en plus de peine à masquer mon ennui…

      Non, les malades eux sont très bien accueillis et traités, nos petites histoires se déroulent somme toute assez discrètement, et puis y’a pas eu de conflit ouvert, c’est plutôt des petites choses, des petites piques par ci par là, et à force de petites vexations, tu sais, c’est l’histoire de la boule de neige qui gonfle qui gonfle… Et puis voilà, découvrir comme ça aussi abruptement que NON, je ne peux « rien » faire, ça m’a salement cassé le moral et entaché dans ma motivation… mais je n’ai pas d’autre choix que d’accepter mon sort. Au moins maintenant les choses sont claires…. c’est déjà ça.

      Amitiés.

  6. Oh la vache! Jamais eu autant de commentaires d’un coup! C’est une première! Trinquons!

    Allez s’parti. Je m’en vais vous répondrailler.

    Ayé vous pouvez me retrouver sur Twitter @ElsaMiette 😉

  7. Il faut toujours trouver quelque sur qui passer ses nerfs au boulot :-; : quand ce n’est pas l’étudiant, c’est la jeune collègue fraichement débarquée !
    Allez, courage !

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