« Je sais que elle, elle est gentille »

Humour-Alzheimer.03Alzheimer. Les démences séniles.  Tout le monde connaît la chanson. Les personnes qui vont jusqu’à oublier qui elles étaient. Celles qui auraient fait défriser la moustache de Dali s’il avait pu discuter avec elles tellement elles outredépassent le surréalisme parfois.

– « Vous voulez aller aux toilettes madame?

– Oh vous savez, mon frère est en haut, je crois qu’il est venu hier. C’était beau hein. »

Mais si on veut plus surréaliste que surréaliste, il faut entendre les conversations entre personnes démentes^^

(Sans me moquer hein. Juste, mieux vaut prendre ces choses avec le rire, sinon quoi? 😉 )

Enfin bref, maintenant j’en parle comme ça, mais au début, ça m’avait mise dans un désarroi total. J’étais juste complètement interloquée face à ça, pire encore quand la personne était agitée ou vivait dans sa tête quelque chose qui la mettait en pétard.  Je ne trouvais pas ça drôle du tout (enfin, c’est pas toujours drôle d’ailleurs) , j’avais juste ce sentiment étrange d’être dans un autre monde, un monde où c’était moi qui n’avait plus aucun repère et était désorientée. Pas eux.

Eh bien avec l’expérience que j’ai acquise depuis, j’ai changé de regard et puis je vis les choses différemment. D’abord il y a la connaissance de l’autre et la confiance qui viennent avec le temps et qui aident à se sentir plus à l’aise face à cet autre dont on doit prendre soin. Et une relation se créé en soi et cet autre. Une relation dont on pourrait discuter la nature sur des pages et des pages: relation d’aide, relation soignant-soigné, relation de confiance, mais enfin et surtout une relation humaine, avec tout ce que ça comporte.

Mais où veut-elle en venir? (je pose la question parce que je ne sais pas comment finalement arriver à ce que je voulais dire avec le début que j’ai écrit^^)

Alors je veux en venir là. Au fait que j’ai remarqué que même les personnes les plus « démentes », les plus « perdues », avec un Alzheimer très avancé, oubliant 5 min plus tard la discussion que tu viens d’avoir avec elles, même ces personnes là se souviennent en fait très bien de toi, le soignant qui t’en occupe depuis un certain temps, et de certaines autres choses qu’elles vivent. J’ai remarqué qu’elles semblaient avoir une sorte de « mémoire émotionnelle »: elles ne savent pas qui je suis car elles m’oublient, mais elles se souviennent de quelque chose de moi… je le sais car j’ai vu chez des résidents « très très déments » un changement d’attitude envers moi ces derniers temps. J’ai comme l’impression qu’ils me reconnaissent. Pour certains je suis devenue comme un  point de repère: l’une me suis tout le temps, partout, adresse toujours ses demandes à moi, elle accepte avec moi certains soins qu’elle accepte difficilement avec d’autres ou acceptait difficilement avec moi même d’ailleurs au début. Elle semble avoir confiance en moi alors qu’elle ne se souvient pas vraiment de moi.

Un autre, un monsieur, très distant, très « Oui Madame ». Ces jours il a eu des gestes envers moi. Un caresse sur la joue, la main posée sur mon bras, des sourires, des regards, qu’il n’avait pas avant, ni avec moi ni avec les autres. Et je sais que pourtant il « m’oublie », car chaque jour il me tient la même conversation, chaque jour il me demande si je suis infirmière, si j’aime mes études, etc etc. Mais quelque chose à changé dans sa façon d’être avec moi, pourtant…

Et puis j’ai remarqué que les résidents ne vont pas avoir la même attitude selon à qui ils ont à faire. Mêmes ceux qui oublient, il y a des choses de l’ordre de l’émotionnel qui restent: ils se souviennent d’épisodes qui les ont marqué, ou en tout cas ils vont se souvenir de l’émotion associée au fait sans pour autant nécessairement se souvenir du fait, et cela va avoir un impact sur leur attitude et leur état général. Si on les met en confiance, que l’on prend bien soin d’eux, qu’on les rassure, qu’on dédramatise les choses qui les font sentir mal (le pipi qui fuit, le lit qui est tâché, la diarrhée, finalement souvent des choses de cet ordre là), eh bien ça va impacter positivement leur attitude (beaucoup moins d’opposition, beaucoup plus de sourire, meilleure mémoire, ect ect.) Et puis ben évidemment l’inverse s’observe aussi. J’ai malheureusement déjà vu un soignant quelque peu brusquer certains résidents. Eh bien des jours et des jours plus tard, ils restent marqués. Ils reparlent chaque jour de leur peur de « salir le lit », tout ça à cause d’un soignant qui un jour, leur a reproché, même s’ils ne se souviennent pas du fait. On voit aussi la différence de comportement des résidents selon à qui ils ont à faire. Il y a ceux à qui ils savent qu’ils peuvent dire, et ceux devant qui il vaut mieux se plier et se taire… malheureusement. Est ce que c’est à cause de l’attitude du soignant, tout ce qui est voix, gestuelle, expression du visage qui donne déjà une indication assez précise au résident qui va sans nul doute remarquer d’autant plus ces détails qu’il n’a guère d’autres point de repères, ou bien est ce qu’il y a aussi quelque chose de l’ordre d’une mémoire émotionnelle? Ou bien d’ailleurs, un peu des deux. (?)

 

Walà, la refleciòn du jour 😉

 

 

 

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