Soins, cultures et croyances…

En lien avec mes cours sur l’anthropologie de la santé et l’ethnopsychiatrie, voici un extrait d’un article trouvé sur le blog d’une infirmière en réa qui parle d’un sujet fort intéressant et fort important (selon moi): comment jongler entre le devoir de soigner et le respect de la culture, des croyances et de la volonté des patients? Comment respecter à la fois les codes déontologiques et éthiques ET le patient dans certaines situations compliquées? Que ce soit en raison de la culture du patient, de ses croyances ou simplement de son choix (être soigné ou pas, vivre ou mourir…) la réponse n’est pas évidente et mérite une vraie réflexion pour savoir y faire face.

Comment, quand on est soignant et qu’on place fatalement un peu la santé parmi ses valeurs importantes, qu’on rêve de Sauver les gens (a fortiori au pays des cow-boys de la vie : la réa); comment accepter de laisser mourir quelqu’un pour ses convictions quand on pourrait le  tirer d’affaire “facilement” ? Comment accepter, quand on poursuit quotidiennement des soins auprès de personnes déjà bien malades mais qui veulent encore vivre et (je cite un patient) “sentir la douceur du soleil sur ma peau même si les merveilles d’une vie en santé ne me sont plus permises”; comment accepter qu’une personne, pour des raisons qu’on peut trouver obscures et sectaires, choisissent la mort plutôt qu’une vie en dehors des clous des valeurs de sa communauté?

Au delà même des différences ethniques et religieuses qui sont plus évidentes car visibles, décelables, cette question en appelle aussi une autre, qui inverse un peu la donne: comment le soignant peut-il bien soigner ses patients quand il lui même ses croyances, ses préjugés, ses idées reçues…? Ce que je veux dire, c’est qu’il y a d’autres aspects à prendre en compte, moins visibles et moins évidents, parce que nôtres: ses propres croyances et préjugés, sa propre culture, en tant que soignant. Est ce que quelque part cela n’influe pas parfois, sur la façon dont on soigne? Je pense à des maladies comme le SIDA, à des pratiques comme l’avortement, par exemple. Ou même à la vieillesse et à la jeunesse.  Car il n’y a pas que des maladies et des soins, a priori neutres et objectifs,  il y a aussi des constructions derrière: il y a la perception que l’on en a, l’idée que l’on s’en fait, le sens qu’on lui donne ou pas… et tout cela compte. Tout comme l’ethnologue au milieu de lointaines tribus, le soignant au milieu des malades devrait apprendre à se décentrer.

A titre d’exemple, vous trouvez ici un article qui traite de cette deuxième question, dont voici le résumé:

Tout en affirmant l’intérêt de l’ethnopsychiatrie dans certaines situations de souffrance des immigrés, l’article attire l’attention sur les souffrances engendrées par la société d’accueil, sur l’implication du thérapeute lui-même dans la création de la différence, et sur l’intérêt, dans nombreuses situations, de substituer une clinique de l’accueil à la clinique coutumière de la différence. Par rapport aux approches habituelles qui insistent sur la culture de l’immigré, l’article invite les cliniciens à tourner leur regard d’abord sur eux- mêmes et sur leur propre culture. L’idée centrale est qu’un accueil valorisant et intégrant est la meilleure clinique pour l’immigré.

 

 

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